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Voix marginalisées : les médias féminins face à l’apartheid

Farzana MohammadiPar Farzana Mohammadi·مدیرمسئول همدم‌نیوز·12 août 2026·4 min de lecture
Voix marginalisées : les médias féminins face à l’apartheid

Voix marginalisées : les médias féminins face à l’épreuve de l’apartheid

Éditorial officiel de Hamdam

Par Farzaneh Mohammadi, directrice de la publication

Introduction et problématique

Le rapport glaçant publié par l’Organisation de soutien aux médias afghans (AMSO), à l’occasion du cinquième anniversaire du retour au pouvoir des Talibans, dresse le bilan d’un désastre structurel pour la liberté de la presse et le droit à l’information.

Voir l’Afghanistan devenir la « capitale mondiale de l’exil forcé des journalistes » et dégringoler de 56 places dans le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières — se hissant péniblement au 178e rang sur 180 pays — ne constitue pas une simple statistique administrative. C’est le symptôme dramatique de l’extinction progressive des lumières de la pensée dans une société sciemment replongée dans l’obscurantisme.

La fermeture de près de 50 % des médias imprimés, audio et visuels du pays, couplée à l’enregistrement annuel de centaines de cas de détentions arbitraires, de tortures et de menaces perpétrées par les services de renseignement et les inspecteurs du ministère de la Promotion de la vertu, illustre la brutalité systémique qui asphyxie l’espace public.

Toutefois, au cœur de cette tragédie, le volet le plus dévastateur demeure l’éviction de plus de 80 % des femmes journalistes et professionnelles des médias de la scène de travail officielle : une tentative délibérée de purification par le genre, visant à condamner définitivement au silence la moitié de la nation.

Analyse structurelle

Le fait que les journalistes afghans représentent à eux seuls 46 % de l’ensemble des professionnels de la presse ayant bénéficié d’un programme d’aide d’urgence à l’asile auprès de RSF entre 2021 et 2025 témoigne d’un exode intellectuel d’une ampleur inédite.

Dans cette fuite éperdue, les femmes paient le tribut le plus lourd. À l’intérieur du pays, sous le joug d’un régime d’apartheid de genre désormais institutionnalisé, la simple présence d’une femme devant une caméra, sa voix enregistrée ou sa participation à des conférences de presse est assimilée à une atteinte à la sécurité nationale. La société afghane subit une masculinisation forcée, exclusive et fermée à toute perspective féminine.

D’autre part, les femmes journalistes contraintes d’emprunter les routes de l’exil se heurtent à une précarité juridique critique et à un effondrement des opportunités d’exercice de leur profession dans les pays d’accueil. Ce double bannissement menace d’éteindre la couverture indépendante des réalités de notre pays.

L’effacement des femmes, clé de voûte de la tyrannie

L’effacement des femmes du champ médiatique dépasse la simple question corporatiste ou professionnelle ; il constitue la clé de voûte de la consolidation de la tyrannie.

En l’absence de femmes reporters sur le terrain, les violences domestiques, la ségrégation éducative, la fermeture des accès aux universités, l’arrestation arbitraire des jeunes filles et la souffrance vécue par des millions de citoyennes sont balayées des répertoires de la presse locale sous censure.

Les données factuelles récentes collectées dans les provinces de Kandahar, Helmand, Nangarhar ou Badakhchan révèlent la paranoïa du pouvoir, qui interdit jusqu’à la couverture d’accidents de la circulation ou le bilan des affrontements armés. Dans une telle architecture totalitaire, la figure de la femme journaliste, intrinsèquement subversive face à l’ordre patriarcal, apparaît comme la menace la plus redoutable pour le régime.

Deux réponses structurelles

Pour autant, capituler face à cet exil forcé et à cette asphyxie structurelle n’est pas une option pour la société civile et les femmes éclairées d’Afghanistan. La présence et l’engagement des femmes dans l’écosystème médiatique demeurent un impératif de survie sociale.

Pour briser l’étau de l’apartheid de genre, des réponses méthodologiques et structurelles s’imposent :

La première réside dans la mutation d’un modèle médiatique traditionnel centralisé vers des réseaux d’information numériques et transnationaux.

La seconde consiste à établir des canaux sécurisés de collecte reliant la diaspora journalistique aux informatrices et reporters clandestines restées sur place, déjouant ainsi le blocus de l’information.

La naissance de HAMDAM

C’est fort de cette exigence historique que le média HAMDAM a été fondé par un collectif de femmes journalistes en exil. La création de HAMDAM ne constitue pas un simple projet éditorial, mais une réponse politique, audacieuse et organique à la politique d’effacement prônée par les Talibans.

Bien que déracinées de leur terre natale, les journalistes en exil n’ont pas renoncé à leur mission d’éveil et de vérité. En tant que plateforme indépendante, HAMDAM a réussi à offrir un cadre d’exercice professionnel à des dizaines de consœurs à l’étranger, tout en demeurant la caisse de résonance des voix étouffées à l’intérieur de l’Afghanistan.

Nous avons prouvé à HAMDAM que l’exil ne signe pas la fin du combat, mais peut devenir le bastion d’une résistance informée, capable de franchir les frontières et d’annihiler la censure.

Conclusion et position officielle

Le média HAMDAM, s’appuyant sur les données accablantes du rapport de l’AMSO, affirme que la communauté internationale et les organisations de défense de la presse ne peuvent se contenter de condamnations rhétoriques.

Le soutien financier, technique et politique aux médias indépendants créés et dirigés par des femmes journalistes en exil est le seul levier pragmatique pour préserver l’information et lutter contre l’apartheid de genre.

Nous rappelons qu’aucune transition démocratique ou initiative diplomatique ne saurait jouir d’une quelconque légitimité sans le regard, le récit et le contrôle des femmes médias.

Les Talibans ont pu verrouiller les studios de Kaboul, mais ils n’éteindront jamais la voix de la liberté portée depuis l’exil par des institutions engagées telles que HAMDAM.

La présence des femmes dans les médias est un droit fondamental et inaliénable ; nous ne déserterons ce combat sous aucun prétexte.

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