Cinq ans après l'OTAN : le NRC dénonce l'abandon des Afghans

Cinq ans après le retrait de l'OTAN, le Conseil norvégien pour les réfugiés dénonce l'abandon de la population afghane
Le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) a adressé une critique virulente à l'encontre de la communauté internationale et des pays membres de l'OTAN.
À l'occasion du cinquième anniversaire du retrait des forces occidentales d'Afghanistan, Jan Egeland, secrétaire général du NRC, a affirmé que les nations alliées avaient « tourné le dos » aux civils afghans et abandonné les jeunes filles et garçons du pays, manquant sciemment à leurs engagements passés.
« De plus en plus isolés »
« Nous sommes de plus en plus isolés pour répondre aux besoins grandissants et à l'érosion continue des droits des femmes et des filles à travers l'Afghanistan », a déclaré M. Egeland.
Selon l'organisation, le départ simultané des contingents militaires, des diplomates et des agences de développement en 2021 a laissé la population civile face à une crise humanitaire complexe et multidimensionnelle, désormais aggravée par des chocs climatiques récurrents et des tensions régionales accrues.
La simultanéité de ces trois retraits constitue le cœur de l'analyse du NRC : chacun pris isolément aurait pu être absorbé ; leur conjonction a fait disparaître d'un seul coup l'ensemble du filet de soutien existant.
De 96 % à 26 % : l'effondrement des financements
Le constat financier dressé par le NRC illustre l'ampleur du désengagement international :
🔹 En 2021, près de 96 % des fonds humanitaires réclamés par l'ONU pour l'Afghanistan étaient pourvus
🔹 Ce taux est tombé à 42 % en 2025
🔹 Pour l'année en cours (2026), le plan de réponse humanitaire n'est financé qu'à hauteur de 26 %
Cette contraction contraint les ONG à restreindre drastiquement leurs distributions de vivres, d'eau potable, de soins médicaux et d'abris d'urgence.
La rapidité de cette chute mérite d'être soulignée : passer de 96 % à 26 % en cinq ans signifie que, pour chaque quatre dollars de besoins identifiés, un seul est aujourd'hui financé.
Six millions de retours
Cette asphyxie financière intervient au moment le plus critique.
Depuis la fin de l'année 2023, plus de six millions de citoyens afghans sont revenus des pays voisins — principalement d'Iran et du Pakistan —, souvent expulsés ou contraints au départ.
Sans ressources ni soutien à leur arrivée, ces déracinés font face à un avenir totalement incertain.
C'est la conjonction de ces deux courbes — baisse des ressources d'un côté, hausse du nombre de personnes en besoin de l'autre — qui fonde l'alerte du NRC. Un dispositif fonctionnant en 2021 avec 96 % de ses financements doit désormais répondre, avec un quart de ses moyens, à une population considérablement plus nombreuse.
L'appel à un dialogue pragmatique
M. Egeland a insisté sur la nécessité pour la communauté internationale d'engager un dialogue pragmatique avec les autorités talibanes afin de garantir que l'aide humanitaire ne soit pas instrumentalisée à des fins politiques et parvienne directement aux populations les plus vulnérables.
Cette position illustre le dilemme récurrent des organisations humanitaires : le dialogue avec les autorités en place conditionne l'acheminement de l'aide, mais ce même dialogue fait lui-même l'objet de controverses politiques parmi les pays donateurs.
L'éclairage Hamdam
Ce qui distingue cette déclaration des alertes habituelles tient à sa source : le NRC compte parmi les organisations présentes sur le terrain afghan durant l'ensemble de ces cinq années. Son évaluation ne vient pas de l'extérieur, mais du terrain même.
La question soulevée par ce rapport dépasse les chiffres budgétaires : les engagements annoncés en 2021 relevaient-ils simplement d'un retrait présentable, ou devaient-ils survivre à ce retrait ?
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