Panjchir : le gouverneur taliban nie toute résistance armée

Panjchir : Entre déni de la résistance armée et exploitation minière, la rhétorique ambiguë du gouverneur taliban
Le gouverneur taliban de la province du Panjchir, Mohammad Agha Hakim, a balayé d'un revers de main la présence de toute force d'opposition armée dans cette région historiquement rebelle.
Dans un entretien accordé aux médias, le responsable du régime a affirmé que les montagnes de la province étaient sous le contrôle total d'un « filet sécuritaire » hermétique.
L'accusation de tournages au Tadjikistan
Il a accusé les combattants de la résistance, notamment le Front national de résistance (FNR), de tourner des vidéos de propagande dans les régions montagneuses de pays voisins, comme à Kouliob au Tadjikistan, pour feindre une présence sur le sol afghan.
Cette affirmation mérite l'attention : l'accepter reviendrait à nier toute présence de terrain, tout en reconnaissant implicitement la circulation d'images qui appellent une explication.
Qualifiant le Panjchir de province « la plus sûre d'Afghanistan » selon les critères du ministère de l'Intérieur du régime, le gouverneur a rejeté les rapports faisant état d'incidents sécuritaires.
En contradiction avec les rapports de terrain
Cette prise de parole intervient pourtant dans un contexte de résurgence des tensions : au cours des dernières semaines, les forces anti-talibanes ont intensifié leurs opérations dans le nord du pays, allant jusqu'à prendre temporairement le contrôle d'un chef-lieu de district et à revendiquer des avancées territoriales dans d'autres vallées.
L'écart entre ces deux récits — « province la plus sûre » d'un côté, prise temporaire d'un chef-lieu de l'autre — constitue le cœur du dossier. Faute d'accès des médias indépendants au terrain, aucune des deux versions ne peut être pleinement vérifiée.
Reconstruction proclamée
Pour contrebalancer l'image d'une province sous tension militaire, Mohammad Agha Hakim a orienté son discours sur le terrain économique.
Il a affirmé que les gouvernements précédents avaient maintenu le Panjchir dans un état d'isolement artificiel à des fins personnelles, alors que le régime aurait désenclavé la vallée en la reliant aux provinces de Nouristan, Badakhchan et Baghlân.
Il a fait état de 200 à 300 projets d'infrastructures en cours et du recrutement de milliers de résidents locaux.
Un élément mérite d'être relevé : en zone montagneuse, la construction de routes remplit une fonction économique, mais facilite aussi l'accès des forces de sécurité aux secteurs reculés.
La manne minière sous contrôle
Le secteur minier, crucial pour les finances du régime dans cette province riche en émeraudes, a constitué un autre volet majeur de son intervention.
Le gouverneur a soutenu que sur environ 2 000 gisements répertoriés, entre 500 et 700 étaient actuellement en cours d'exploitation sous surveillance stricte, sans participation étrangère directe, affirmant avoir éradiqué « à 100 % » la contrebande de minerais.
L'affirmation d'une éradication totale échappe par nature à toute vérification : la mesure exacte de la contrebande est intrinsèquement difficile, et l'annonce d'un chiffre absolu dans ce domaine relève généralement de la revendication politique plus que du constat statistique.
Un appel à l'insurrection sur fond de répression interne
La déclaration s'est achevée sur une note idéologique : Mohammad Agha Hakim a lancé un appel aux musulmans du monde entier à « lutter pour leur indépendance » et à libérer leurs territoires de toute « occupation étrangère ».
Cette rhétorique sur la souveraineté contraste vivement avec la réalité du terrain afghan. Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les Talibans ont instauré un système d'exclusion méthodique, frappant en premier lieu les femmes et les filles par une vingtaine de décrets liberticides, tout en rejetant les appels internationaux au dialogue politique et à un gouvernement inclusif.
L'éclairage Hamdam
Ce qui rend cet entretien remarquable, c'est la combinaison de trois messages en un seul discours : déni total de la menace sécuritaire, proclamation de succès économiques et appel idéologique.
Chacun s'adresse à un public distinct — et cette diversité même signale la complexité de la situation à laquelle ce récit tente de répondre.
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