Muttaqi appelle Washington à rouvrir son ambassade ; le Département d’État reste prudent
Muttaqi appelle Washington à rouvrir sa mission à Kaboul et à investir dans les mines
À l’aube du cinquième anniversaire de la prise de contrôle de Kaboul par les Talibans, le ministre par intérim des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, a adressé un message direct à Washington lors d’un entretien accordé au New York Times.
Le chef de la diplomatie afghane a invité les États-Unis à rétablir leur présence diplomatique en Afghanistan et à engager des capitaux dans les secteurs stratégiques des mines, des infrastructures routières et des aménagements hydrauliques, affirmant que la phase de confrontation militaire appartenait désormais au passé.
« Le chapitre de la guerre est définitivement clos »
« Nous considérons que le chapitre de la guerre est définitivement clos. Nous souhaitons désormais établir des relations fondées sur le respect mutuel et ouvrir une nouvelle ère d’engagement constructif », a déclaré le responsable afghan.
Il a souligné la volonté de l’administration de facto d’attirer des investissements étrangers tout en refusant catégoriquement toute présence militaire étrangère sur le sol national.
Le choix des trois secteurs proposés obéit à une logique identifiable : tous trois requièrent des capitaux importants et des technologies avancées, offrent une rentabilité de long terme et — à la différence de l’aide humanitaire — peuvent être formulés en termes d’intérêt commercial plutôt que de conditionnalité politique.
Les demandes déclinées par Kaboul
Cette ouverture diplomatique intervient dans un contexte de consultations informelles où Kaboul perçoit une opportunité d’interaction avec l’administration américaine, sensible à la diplomatie économique.
Néanmoins, les autorités afghanes ont publiquement décliné plusieurs exigences formulées par Washington :
🔹 La restitution des équipements militaires abandonnés en 2021
🔹 La libération de ressortissants américains détenus
🔹 La gestion de la base aérienne de Bagram
C’est là que la structure de l’offre apparaît clairement : Kaboul ouvre la porte économique tout en maintenant close la porte sécuritaire — précisément celle qui constitue la priorité de son interlocuteur.
Les réserves du Département d’État
En réponse aux déclarations de M. Muttaqi, un porte-parole du Département d’État américain a tempéré les perspectives d’une normalisation imminente.
La diplomatie américaine estime que les engagements souscrits en matière de lutte contre le terrorisme n’ont pas été pleinement respectés et réaffirme que tout engagement futur restera strictement conditionné à la préservation des intérêts de sécurité nationale des États-Unis et à la stabilité régionale.
Cette position s’inscrit dans le prolongement des récents rapports du Conseil de sécurité de l’ONU, qui documentent la persistance de la présence d’Al-Qaïda et du TTP sur le sol afghan.
Deux langages dans une même négociation
Ce qui rend cet échange remarquable, c’est la divergence de vocabulaire entre les deux parties. Kaboul s’exprime dans le registre de l’opportunité économique : mines, barrages, routes. Washington répond dans celui du risque sécuritaire : engagements antiterroristes, Bagram, détenus.
Dans une telle configuration, les interlocuteurs ne traitent pas du même objet : chacun insiste sur l’axe qui constitue sa priorité et demeure secondaire pour l’autre.
L’analyse de HAMDAM News
L’appel lancé par Amir Khan Muttaqi illustre la stratégie de pragmatisme économique suivie par Kaboul pour briser l’isolement diplomatique.
En proposant des opportunités d’investissement dans les ressources minières et les infrastructures, le régime cherche à substituer une logique de partenariat commercial à l’approche conditionnelle axée sur les droits humains et la gouvernance inclusive.
Toutefois, la réponse prudente du Département d’État met en évidence l’existence d’un blocage structurel. Pour Washington, les considérations de sécurité nationale — notamment la neutralisation des risques terroristes — prévalent sur les incitations économiques.
Sans compromis sur les garanties sécuritaires et le statut des infrastructures sensibles comme Bagram, le rapprochement entre les deux parties demeure contraint par des lignes rouges mutuellement exclusives.
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