Quand les choix disparaissent : le travail des femmes afghanes

Quand les choix disparaissent : le travail des femmes afghanes
Les projets de subsistance limités aux métiers à domicile, dans un contexte où l'accès des femmes à l'enseignement secondaire, supérieur et à la plupart des professions spécialisées est interdit ou drastiquement restreint, peuvent-ils involontairement contribuer à la normalisation de l'éviction des femmes de ces carrières qualifiées ?
Cette interrogation ne vise en aucun cas à sous-estimer la valeur de la couture, de la broderie ou de l'artisanat. Pour une femme qui doit subvenir aux besoins vitaux de sa famille, l'apprentissage d'un métier manuel et la génération de revenus constituent des enjeux de survie absolue.
Toutefois, la situation devient profondément préoccupante lorsque ces activités cessent d'être un choix parmi plusieurs options possibles pour devenir, au fur et à mesure que les portes de l'éducation et des professions spécialisées se ferment, l'une des rares alternatives restantes.
Cinq ans après le retour au pouvoir des Talibans, cette réalité s'impose avec une clarté aveuglante.
L'Afghanistan demeure l'unique pays au monde où les filles et les femmes sont systématiquement privées d'accès à l'enseignement secondaire et universitaire. Selon les données de l'UNESCO, environ 2,4 millions de jeunes filles afghanes ont été exclues de l'enseignement secondaire depuis 2021.
Cette exclusion hypothèque directement leur avenir professionnel. Une jeune fille dans l'impossibilité de poursuivre ses études ne peut plus se préparer à devenir médecin, ingénieure, enseignante, journaliste, juriste, spécialiste en technologies de l'information ou chercheuse.
Parallèlement, les opportunités d'emploi pour les femmes se sont effondrées. Selon une récente étude liée aux données des Nations Unies, réalisée entre 2025 et 2026 auprès de plus de 5 000 personnes, seules 7 % des femmes afghanes exercent une activité professionnelle, contre 84 % des hommes.
Dans ce paysage de désolation, les projets de couture, de broderie et d'artisanat sont naturellement mis en avant comme des solutions pragmatiques de génération de revenus.
Les organisations internationales soutiennent massivement ces activités afin de maintenir une autonomie financière minimale pour les femmes. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en collaboration avec le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), a notamment documenté l'extension d'ateliers de couture à Hérat, offrant un soutien économique et technique aux participantes.
Ces initiatives transforment indéniablement le quotidien immédiat de certaines femmes.
Cependant, il existe une différence fondamentale entre choisir librement la couture et s'y résigner en raison de la disparition de toutes les autres perspectives.
Une femme passionnée par la couture, qui décide en toute autonomie d'en faire son métier, doit être pleinement soutenue. En revanche, celle qui aspirait à devenir médecin, professeure d'Université, journaliste ou ingénieure, et qui se retrouve confinées à un travail domestique après la fermeture des écoles et des facultés, ne jouit plus d'aucune liberté de choix.
Le problème ne réside donc pas dans la couture.
Le problème réside dans l'effacement progressif et méthodique de toute alternative.
Et cette disparition des choix ne concerne pas uniquement les femmes ; elle engage l'avenir de l'Afghanistan tout entier.
Un pays qui sacrifie une génération entière de femmes instruites se prive, à long terme, des médecins, enseignantes, ingénieures, journalistes et chercheuses dont sa société a un besoin vital.
L'UNESCO met en garde : la suspension de l'accès des femmes à l'enseignement supérieur pourrait conduire, au cours des 35 prochaines années, à l'absence de remplacement de quelque 600 000 femmes sorties du marché du travail, générant des pertes économiques cumulées estimées à 9,6 milliards de dollars d'ici 2066.
C'est pourquoi les institutions internationales, tout en continuant à soutenir les femmes ayant un besoin financier immédiat, ne doivent pas restreindre leur horizon à la seule survie économique.
Une machine à coudre peut aider une femme à subvenir à ses besoins aujourd'hui ; elle ne saurait en aucun cas remplacer l'école, l'Université ou la profession qu'elle aurait librement choisie.
L'aide véritable doit permettre aux femmes afghanes, parallèlement à la prise en charge de leur quotidien, de préserver leur capacité d'apprendre, de se former et d'orienter leur propre destin.
Car autonomiser une femme ne se réduit pas à lui fournir une occupation.
La véritable autonomisation consiste à lui restituer son droit fondamental au choix.
À lire aussi
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier.





