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Impunité impériale et justice sélective Quand l'Occident sacrifie les victimes afghanes sur l'autel de sa souveraineté

Farzana MohammadiPar Farzana Mohammadi·مدیرمسئول همدم‌نیوز·15 juil. 2026·3 min de lecture
Impunité impériale et justice sélective   Quand l'Occident sacrifie les victimes afghanes sur l'autel de sa souveraineté

Impunité impériale et justice sélective

Quand l'Occident sacrifie les victimes afghanes sur l'autel de sa souveraineté

L’Édito de Farzana Mohammadi, Directrice de publication d’Hamdam News

PARIS – Le droit international est-il devenu le jouet exclusif des puissants, une arme à géométrie variable brandie pour discipliner le Sud global tout en garantissant l’immunité absolue des architectes de la violence impériale ?

L’annonce brutale faite par le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, qualifiant la CPI de « menace contre la souveraineté des États-Unis », n’est pas seulement une déclaration politique de plus de l'administration Trump. C’est l’affirmation décomplexée d’une doctrine de l’impunité totale. En menaçant la Cour de sanctions économiques, de restrictions de visas et d’un isolement diplomatique asphyxiant, Washington envoie un message glaçant au monde : les vies sacrifiées, les corps violentés et les familles décimées par les interventions militaires occidentales ne valent pas les traités qui prétendent les protéger. Le droit international n’existe que s’il sert les intérêts occidentaux ; s'il ose s'en approcher, il est qualifié de « guerre juridique radicale ».

Le miroir aux alouettes de la justice universelle : L'exemple de l'Afghanistan

Pour les femmes d'Afghanistan, ce double standard n’a rien de théorique. Il s'inscrit dans leur chair, dans leur mémoire et dans leur exil. Rappelons-nous : en mars 2020, les procureurs de la CPI ont courageusement ouvert une enquête sur les crimes de guerre commis sur le sol afghan, incluant explicitement les exactions potentielles des forces armées américaines et de la CIA. Ce fut une lueur d’espoir éphémère pour les veuves, les mères et les filles d'Afghanistan, qui réclamaient justice pour les bavures militaires et les tortures restées impunies.

Pourtant, dès 2021, dans un reniement éthique majeur, la CPI a relégué les enquêtes visant les forces américaines au rang de « priorité basse », préférant se concentrer exclusivement sur les exactions des Taliban et de l'ancien gouvernement afghan. Cette capitulation face aux pressions politiques de Washington a brisé la promesse d'une justice impartiale. Aujourd'hui, la CPI paie le prix de sa propre faiblesse. En voulant plaire à l'Empire, elle s’est affaiblie ; et aujourd'hui, l'Empire veut l'anéantir car elle n'est pas encore assez docile à son goût.

L’instrumentalisation du droit international : Ingestion forcée ou exclusion systématique

Cette crise révèle la nature profonde des institutions internationales actuelles. Si ces institutions ne se conforment pas scrupuleusement aux diktats des puissances occidentales, elles sont immédiatement délégitimées, étouffées financièrement et condamnées à l’inefficacité. En revanche, lorsque ces mêmes puissances occidentales décident d'envahir un pays du Sud, de renverser un régime ou d'imposer des sanctions économiques dévastatrices, ces mêmes institutions internationales et le concept de « droit de l'Homme » sont soudainement invoqués comme des justifications morales absolues.

Le chantage diplomatique exercé par Marco Rubio auprès des pays bénéficiant de l'aide américaine est particulièrement abject : soit vous niez la compétence de la CPI, soit vous subirez les foudres de Washington. Ce colonialisme financier réduit le droit international à une simple transaction. C’est la preuve ultime que pour l’Occident, la souveraineté est un privilège exclusif, tandis que la soumission est le lot des autres.

La justice ne peut pas être un privilège occidental. Si la CPI veut retrouver sa légitimité historique et morale, elle doit résister au chantage de Washington, réhabiliter les enquêtes sur l’Afghanistan dans leur intégralité et cesser de hiérarchiser les souffrances humaines. Tant que les bombes occidentales seront protégées par des lois d’amnistie unilatérales, le mot « justice » restera une insulte pour toutes les femmes d'Afghanistan.

Farzana Mohammadi

Directrice de publication d’Hamdam News

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