Éditorial : L’amputation académique de l'Afghanistan : un suicide économique et social

PARIS – Ce lundi 6 juillet 2026 (15 Saratan 1405), le Comité des examens du gouvernement des Taliban a proclamé les résultats du concours national d’entrée à l'université (Kankor) pour l'année 1405.
Les chiffres officiels, annoncés par Abdul Baqi Haqqani, font état de 117 750 jeunes admis. Derrière ce bilan technique se cache une tragédie structurelle absolue : pour la quatrième année consécutive, aucune jeune fille ne figure parmi les candidats.
L'annonce des lauréats, tous masculins – Rashid de Parwan, Inamullah de Kunar et Abdul Hadi de Paktia, tous trois orientés vers la prestigieuse Université médicale de Kaboul – ne peut masquer le vide abyssal laissé par l'exclusion systématique de la moitié de la société. De plus, l'absence totale de mécanismes d'audit indépendants pour superviser la transparence de ce processus, qui était déjà historiquement controversé sous la République, accentue la crise de légitimité du système éducatif actuel.
Cette exclusion académique institutionnalisée intervient paradoxalement au moment précis où l'Afghanistan fait face à un gouffre socio-économique sans précédent.
Lors d'une visite conjointe dans la province de Balkh, Alexander De Croo, administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a rappelé une vérité pragmatique incontournable : l'Afghanistan ne pourra jamais surmonter ses défis titanesques sans mobiliser l'intégralité de ses forces vives, hommes et femmes confondus. Depuis septembre 2023, le retour forcé et massif de plus de six millions de migrants d'Iran et du Pakistan a exacerbé les tensions sur les infrastructures de logement, d'emploi et de santé publique. Priver le pays des compétences féminines dans un tel contexte s'apparente à un sabotage du développement national.
En tant que média indépendant, Hamdam News soutient l'analyse des experts internationaux : la reconstruction de l'Afghanistan exige l'accès immédiat et inconditionnel des femmes et des filles à l'éducation, à l'emploi et à l'entrepreneuriat. Exclure les filles de l'université médicale de Kaboul, c'est condamner à court terme le système de santé des femmes à l'extinction. L'avenir de l'Afghanistan ne se construira pas en amputant son intelligence féminine ; la dignité d'une nation se mesure à sa capacité à instruire tous ses enfants.
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