Les leçons d'une interview : La place de l'expertise dans la gouvernance afghane

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Les leçons d'une interview : La place de « l'expertise technique » dans la gouvernance de l'Afghanistan Par : Mohammad Amin
Lors d'une récente intervention télévisée en direct face aux citoyens, le président iranien Masoud Pezeshkian s'est prêté à un exercice de redevabilité publique, exposant sans détour la situation socio-économique du pays et répondant aux interrogations de la population. Bien que les thèmes abordés concernaient principalement les enjeux internes de l'Iran, cet événement revêt une portée analytique fondamentale pour les observateurs afghans. Il met en lumière, par contraste, un déficit structurel historique dans la culture politique afghane : l'absence quasi totale d'une tradition de redevabilité directe où les dirigeants rendent compte publiquement de leur gestion, que ce soit sous les régimes républicains successifs ou sous le pouvoir actuel.
Au-delà de la forme, le fond de cette intervention a offert une illustration frappante des mécanismes d'arbitrage institutionnel. Évoquant les débats autour de l'expression « en principe » (Ali al-Osool) insérée dans la directive du Guide suprême concernant la validation d'un accord de paix — formulation qualifiée par la frange conservatrice de contestation de l'autorité suprême —, le président iranien a révélé un rouage essentiel du processus décisionnel. Selon son récit, bien que l'autorité spirituelle et politique suprême penchât initialement pour une orientation distincte, elle a finalement rallié l'avis majoritaire de 12 des 13 membres du Conseil suprême de sécurité nationale. Cet arbitrage en faveur de « l'expertise technique » face à la rigidité idéologique témoigne d'une rationalité institutionnelle qui constitue une force indéniable dans la pérennité des structures d'État.
Cette séquence décisionnelle met en exergue l'abîme qui sépare ces pratiques institutionnelles des modes de gouvernance observés en Afghanistan. La question centrale se pose alors avec acuité : dans quelle mesure le pouvoir taliban, et en particulier son leadership central, accorde-t-il une place à l'évaluation scientifique et à l'expertise sectorielle ?
L'exemple le plus prégnant réside dans les restrictions drastiques imposées à l'éducation des filles et au travail des femmes. Il est de notoriété publique que ces décisions ne font pas l'unanimité au sein même de l'appareil d'État taliban, où de nombreux cadres et responsables de haut rang expriment en privé, voire subtilement en public, leur réserve face à ces politiques d'éviction. Pourtant, contrairement au modèle d'arbitrage fondé sur le consensus technocratique, le processus décisionnel de l'Émirat reste verrouillé par une approche dogmatique unilatérale, imperméable aux recommandations des experts nationaux, aux réalités économiques et aux avis des théologiens du monde musulman.
En conclusion, la leçon majeure de cet épisode ne réside pas uniquement dans la communication politique, mais dans la capacité d'un système à faire primer la rationalité décisionnelle sur l'intransigeance doctrinale. Tant que les instances dirigeantes en Afghanistan refuseront de soumettre leurs choix à l'épreuve de l'expertise et du dialogue avec la société, la construction d'un État stable, légitime et fonctionnel demeurera une perspective hors de portée.
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