REACH alerte : l'épuisement des ménages afghans s'accélère

Crise humanitaire en Afghanistan : L'évaluation de REACH alerte sur l'aggravation de l'insécurité alimentaire et l'épuisement des ménages
Une nouvelle évaluation multisectorielle menée par l'initiative REACH auprès de plus de 12 000 sources locales dans 401 districts d'Afghanistan dresse un tableau alarmant de la situation socio-économique du pays.
Marquée par une hausse brutale des prix des denrées alimentaires, une malnutrition infantile en forte progression et une diminution sensible de l'aide internationale, la crise actuelle contraint les ménages à brader leurs derniers actifs pour survivre.
L'engrenage économique : inflation, malnutrition et stratégies extrêmes
Les données collectées révèlent une dégradation rapide de la sécurité alimentaire, 65 % des zones évaluées qualifiant ce problème de « grave ou très grave ».
L'augmentation des cas de malnutrition atteint des sommets inquiétants dans des provinces comme Panjshir (+89 %), Faryab (+85 %) et Laghman (+83 %).
Face à une inflation perçue dans plus de la moitié des marchés locaux, 87 % des localités signalent que les familles sont contraintes de vendre leur bétail — leur ultime capital financier — pour acheter de la nourriture. Cette vulnérabilité pousse également 60 % des zones à recourir au travail des enfants.
La vente du bétail revêt une signification particulière : dans l'économie rurale afghane, l'animal ne constitue pas un bien de consommation mais un capital productif. Le céder pour acheter de la nourriture revient à sacrifier un revenu futur pour couvrir un besoin immédiat.
Chocs climatiques, retours massifs et désengagement de l'aide
Les facteurs économiques et les chocs naturels constituent les principaux moteurs des déplacements internes : 80 % des zones citent les difficultés financières et 79 % la pauvreté et le chômage comme causes du départ.
Les inondations récentes ont causé d'importants dégâts matériels, notamment dans les provinces d'Oruzgan, Samangan et Baghlan.
Parallèlement, le flux continu de retour des réfugiés afghans d'Iran et du Pakistan accroît la pression sur des communautés d'accueil déjà démunies : 57 % des zones d'accueil rapportent que ces retournés ne bénéficient d'aucune assistance humanitaire.
Cette pression est aggravée par le désengagement financier international : seules 29 % des zones ont reçu une aide humanitaire au cours des trois derniers mois, contre 37 % en mars — les ressources diminuent précisément lorsque les besoins augmentent.
Asphyxie du système de santé
Le secteur de la santé subit de plein fouet cette crise de financement.
Dans 77 % des localités, la pénurie de médicaments et d'équipements médicaux constitue le principal obstacle aux soins, combinée à l'incapacité financière des ménages à couvrir les frais médicaux (59 %).
En outre, des barrières géographiques et des restrictions de déplacement empêchent les femmes d'accéder en toute sécurité aux structures de santé dans 17 % des zones.
L'éclairage Hamdam
L'évaluation de REACH démontre que la crise afghane a franchi un seuil critique, passant d'une situation d'urgence conjoncturelle à une pauvreté structurelle ancrée.
La vente d'actifs et le recours au travail des enfants figurent, dans la terminologie de l'évaluation humanitaire, parmi les « stratégies de survie d'urgence » — des mesures auxquelles un ménage ne recourt qu'une fois toutes les autres options épuisées.
L'épuisement des mécanismes d'adaptation traditionnels combiné au désengagement des bailleurs crée un cercle vicieux. Sans une restructuration de l'aide humanitaire et une relance ciblée de l'économie réelle, l'amplification des chocs climatiques et démographiques risque de plonger des millions de citoyens dans une insécurité alimentaire irréversible.
À lire aussi
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier.




